Menu:


AFFICHAGE :

Imprimer cette page - Générer un PDF

Une stagiaire orthophoniste témoigne

en troisième année d'orthophonie

 Mademoiselle V. a effectué son stage de troisième année auprès d'une des orthophonistes du Cours Privé Morvan pendant l'année scolaire 2001-2002. Elle nous a autorisé à diffuser quelques extraits de son rapport de stage.

 «J'ai pu remarquer que les rééducations d'adolescents sourds donnaient souvent lieu à des explications de termes, avec leur origine et leur(s) sens actuel(s). Ceci est important car l'enfant sourd, de par sa surdité, a eu des échanges restreints avec le monde extérieur, avec les adultes. Ceux-ci se sont adressés à l'enfant principalement pour lui signaler des interdictions et lui faire connaître des décisions prises à son égard. Le pourquoi des choses a rarement été explicité au quotidien. Par conséquent, le monde et les relations humaines peuvent paraître mystérieux, voire incompréhensibles aux enfants sourds. Une fois un terme explicité, il est très important d'amener le jeune à faire des analogies. L'analogie permet l'extension du sens, elle favorise les liens avec d'autres termes connus mais entre lesquels le jeune ne voyait pas de rapport. Elle permet de comprendre le sens propre, le sens figuré, la représentation symbolique. Sans analogie, pas de généralisation. Par exemple, après avoir expliqué à L. ce qu'était un échantillon, l'orthophoniste lui a montré à quoi ce mot pouvait aussi s'appliquer: on parle d'échantillon de parfum, de papier peint, de maquillage, de produit de beauté, de moquette, de peau, de cheveux (dans le cas d'un crime)... [...]

 

Le travail sur l'implicite m'a également paru fondamental. En effet, depuis son plus jeune âge, l'enfant entendant, grâce aux informations sonores, est habitué à anticiper, à faire et à défaire des hypothèses sur ce qui se passe. En multipliant ainsi les images mentales, l'enfant développe sa capacité d'abstraction. Cette appropriation du sens est plus difficile pour l'enfant sourd qui n'a pas accès aux indices auditifs. Il est d'ailleurs étonnant de voir à quel point des phrases qui semblent évidentes peuvent donner lieu à des contresens énormes chez certains sourds. [...]

 

J'ai pu enfin constater auprès de ma maîtresse de stage l'application de différents principes pédagogiques. En effet, pour que l'enfant assimile ce qui est fait en orthophonie, il faut: expliquer la notion, passer par une phase d'appropriation pour qu'il utilise la notion à son compte, lui redemander peu de temps après (à la séance suivante, par exemple), lui faire réutiliser par la suite le plus souvent possible. [...]

 

Connaître le monde des sourds m'a ainsi permis de me rendre compte de la différence des vécus de la surdité. J'ai pu, en effet, rencontrer des adolescentes sourdes qui m'affirmaient qu'être sourde ne leur posait aucun problème, que rien ne leur manquait puisqu'elles avaient toujours vécu comme cela. Au contraire, j'ai entendu le témoignage d'une jeune fille qui disait sincèrement qu'elle était malheureuse d'être sourde, qu'elle aurait souhaité être entendante, parce qu'elle était la seule sourde de la famille et qu'elle se sentait constamment mise à l'écart. J'en conclus donc que l'histoire de chaque sourd est unique. La survenue de la surdité, la réaction et l'adaptation des parents, le vécu de l'enfant sont des éléments très importants. [...]

 

Ce stage m'a permis d'éliminer ce préjugé qui m'empêchait de réaliser qu'un adolescent sourd est avant tout une personne comme tout le monde, avec ses sentiments, sa personnalité. Ainsi, l'adolescence des sourds est remplie des mêmes problèmes que celle de tous les adolescents: tabac, drogue, amour... Je dirai enfin qu'au début de mon stage, j'ai regretté d'être avec des adolescents et de ne pas voir de démutisation d'enfants sourds ni d'éducation précoce. Mais maintenant, je comprends que c'est une chance au contraire. Ce stage m'a en effet donné l'occasion de rencontrer des sourds qui avaient grandi, de mesurer quel était l'enjeu de la démutisation, d'avoir conscience de la grande variété de résultats que l'on pouvait obtenir après d'intenses rééducations. Cela m'a permis aussi de connaître les façons de penser, les difficultés articulatoires et langagières, les types de confusions et d'erreurs que l'on peut rencontrer...C'est presqu'un préalable à un stage en surdité avec de petits enfants sourds. J'ai eu ainsi une expérience de l' «aval» afin de travailler éventuellement en «amont» et pouvoir mettre en place de façon correcte les premiers maillons de la chaîne.

 

Par conséquent, je tiens à remercier de tout cœur la Directrice du Cours Privé Morvan qui a ouvert les portes de son établissement aux stagiaires d'orthophonie ainsi que ma maîtresse de stage, qui a consacré une part non négligeable de son temps à me transmettre ses connaissances et son expérience, à échanger ses réflexions avec moi dans un rapport d'adulte à adulte et non pas dans un rapport de maître à élève.»